Internet s’est imposé comme un média à part entière sur le marché publicitaire (+40% au premier semestre 2007). Principale source de revenus des grands noms de l'internet, la publicité repose sur la capacité de ces acteurs à générer de l'audience et à la "vendre" à des annonceurs sous forme de liens sponsorisés, de bannières graphiques et autres formes de sponsoring.
Mais la mesure de cette audience reste une discipline complexe et voit s’opposer deux écoles de pensée :
- l’User Centric, qui repose sur l’étude du comportement de l’internaute
- le Site Centric, qui s’appuie sur les données extraites de la consultation d’un site web.
User Centric
La première piste, l’User Centric, est issue de l'univers de médias comme la télévision. Elle est aujourd’hui plébiscitée par les grands annonceurs. Comme pour l’audimat, elle repose sur la constitution par des instituts indépendants de panels de quelques milliers de personnes (environ 8 000 pour Médiamétrie Nielsen et plus de 20 000 pour Comscore). Les ordinateurs des membres des ces panels sont alors équipés d'un logiciel qui analyse précisément leur comportement sur le web : applications utilisées, médias consultés, sites e-commerce fréquentés, etc…. Ce comportement de quelques milliers de personnes est ensuite extrapolé, selon des lois statistiques, à la population des 25 millions d'internautes français, ce qui permet, d'estimer l'audience d'un média ou d'un marchand en ligne.
Malgré son succès auprès des annonceurs, la méthode du User Centric peut engendrer de grosses erreurs si le comportement du panel choisi n'est pas représentatif. Récemment, la société Alexa, dont le panel s'appuie sur le comportement des internautes ayant installé sa barre d'outil, affirmait par exemple que l'audience de YouTube (environ 100 millions de visiteurs uniques) était désormais supérieure à celle de Google (environ 500 millions de visiteurs uniques). Il y a quelques semaines, Tariq Krim, Fondateur de Netvibes, a également contesté les conclusions de Comscore, qui attribue une audience de 359 000 visiteurs uniques mensuels à son service de page de démarrage alors que ce dernier en revendique dix fois plus. Un écart qui s'expliquerait, selon lui, par la sous représentation des technophiles dans des panels théoriquement conçus pour représenter l'ensemble de la population…
Site Centric
A l’inverse, le Site Centric s'appuie sur les données recueillies directement sur le site web. Cette mesure peut se faire directement depuis son propre serveur web avec l'analyse des logs, par le biais d'un serveur de bannières publicitaires (dans l'hypothèse où toutes les pages d'un site diffusent des bannières) ou via l'installation de "traqueurs" directement dans le code HTML des pages d'un site web. Ces traqueurs sont utilisés par des outils statistiques tels que Xiti, Weborama ou Google Analytics. Mais, Médiamétrie, grand nom du panel, les utilise aussi pour eStat, qu’elle vient d’acquérir.
Cette méthode connaît néanmoins ses limites. Elle n’est pas infaillible, non plus. En effet, on constate qu’elle aboutit à comptabiliser plusieurs fois le même internaute. Le concept de « visiteur unique » est, en effet, très relatif. Si vous vous connectez à votre domicile et à votre bureau, par exemple, vous serez comptabilisé deux fois. Il en sera de même si, à partir du même ordinateur, vous consultez le même site successivement avec Internet Explorer et Firefox.
Vers de nouveaux critères de mesure de l’audience ?
Récemment, l'institut Nielsen a envisagé de relativiser le concept de "visiteur unique". Il préfère plutôt recourir à un nouvel indicateur : le temps.
« Le temps passé sur un site est une meilleure mesure de l'engagement des internautes pour un site Internet ou une application. » a ainsi expliqué Scott Ross, Directeur marketing du classement Nielsen / Netratings. A mon sens, cette méthode pose plus de problèmes qu’elle n’en résoud. En effet, selon la nature du site, le temps passé peut varier considérablement. Il faut moins de 2 minutes pour consulter le solde de son compte bancaire, mais peut-être 10 fois plus pour comparer des produits et réaliser une transaction sur un site de e-commerce.
En revanche une autre approche me parait plus juste. Elle repose, cette fois-ci, sur l'analyse du trafic IP des fournisseurs d'accès fournie par des sociétés comme Hitwise. En analysant précisément tout ce qui passe par les tuyaux des fournisseurs d'accès nord américains (chaque page visitée, chaque image chargée, chaque appel VoIP, …), le service propose des chiffres exhaustifs et précis sur la consommation internet de tous les abonnés. Une étude a priori objective mais n'est malheureusement pas encore disponible en France… Il est temps qu’un des acteurs de l’internet s’en empare !
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