J’ai participé le 24 mars aux premières rencontres du 5ème pouvoir. Le buzz sur le net avait éveillé ma curiosité. J’étais attiré par la perspective de faire le point sur ce mouvement, désormais perceptible, de réappropriation de l’information par les citoyens. Ce matin là, en me rendant à l’Usine, à Saint-Denis, j’avais une seule question en tête : mais qui sont donc ces « citoyens reporters », nés de l’initiative de Joël de Rosnay et de Carlo Revelli, lorsqu’ils ont fait le pari de lancer Agoravox ? Des journalistes, des universitaires… ?
La réponse à cette question est venue, peu à peu, tout au long de la journée. Près de 400 personnes avaient répondu à l’appel. Un succès. Une assistance plutôt masculine (au moins aux 2/3), d’âges divers, plutôt à gauche (en tout cas, il y avait peu de soutiens de Nicolas Sarkozy, très critiqué par les blogueurs présents), mais assez unanimement séduite par François Bayrou. Les participants se reconnaissent sûrement dans cet homme qui défie l’establishment politique et entend conquérir le pouvoir en étant le porte parole des sans voix.
C’est à ce moment que me vint une première interrogation sur la nature de ce qui m’était ainsi présenté comme le « cinquième pouvoir ». Assurément, il n’était pas la représentation fidèle de la population française. Le soutien, plus ou moins marqué, à Bayrou en était une preuve : il y avait là, manifestement, une amplification d’un phénomène de popularité, déjà mis en avant par les sondages.
Le cinquième pouvoir c’est la « réappropriation de la parole publique par le citoyen grâce à Internet », souligne Christophe Grébert, qui à travers son blog monputeaux.com dénonce depuis 6 ans la politique menée par la majorité municipale de Puteaux (92). Cette réappropriation doit, à elle seule, être gage de démocratie et de liberté. Pour les participants, comme pour la plupart des intervenants, l’information citoyenne est moins suspecte que celle délivrée par les médias traditionnels, aux mains de quelques grands groupes financiers, parmi lesquels Bouygues, Lagardère, Dassault…
Des groupes qui, dans l’imaginaire collectif, incarneraient l’image de la World Company et qui, par la nature de leurs activités, entretiennent des relations étroites avec le Pouvoir. A l’inverse, l’information citoyenne est pluraliste, décentralisée et s’autorégule. Et de présenter en détails toutes les tentatives « liberticides » de l’Etat pour museler cette information libre : disposition de la loi sur la sécurité intérieure, préconisation dans le rapport Tessier d’un label pour l’information professionnelle, etc.
Pour que cela soit vrai, il faut encore que l’ensemble des couches de la population fasse entendre sa voix. Qu’elle le puisse et qu’elle le veuille. Ce qui m’a frappé, par exemple, c’est la quasi absence, voire l’absence, d’entrepreneurs. Par leur travail quotidien, les chefs d’entreprises contribuent au fonctionnement de l’économie, à la création de richesse, à l’emploi. Les PME qui constituent le tissu économique français ne sont pas façonnées à l’image présentée de façon caricaturale des grands groupes du CAC 40. De même, à l’heure où l’on cherche à atteindre la parité et où une femme s’est hissée jusqu’à la dernière marche avant l’accès à la magistrature suprême, je continue à m’interroger sur la sous-représentation des femmes de l’assistance.
Enfin, en ce qui concerne Agoravox, force est de constater que de nombreuses questions portaient sur la non-publication d’articles soumis par les rédacteurs. Elles sont, d’ailleurs, restées sans réponses précises, les organisateurs préférant éluder le sujet, soucieux de recentrer le débat et de respecter le timing de la journée. Beaucoup sont donc repartis en restant sur leur faim. Agoravox est-il l’expression des citoyens ou d’une ligne éditoriale engagée ? Les critères de publication sont-ils aussi transparents qu’on voudrait le faire croire ou bien dissimulent-ils une forme de censure ? Au fond, Agoravox n’obéit-il pas aux mêmes règles qu’un quotidien traditionnel ?
Nous aurons l’occasion de revenir sur ces sujets dans les billets de ce blog. Mais une chose est certaine, le web 2.0 est en train de bousculer les équilibres de l’information de la communication. Il induit de nouveaux canaux d’information, il remplace l’information verticale par une information transversale. Cette révolution, qui s’est particulièrement illustrée ces derniers mois dans le débat politique, va en réalité beaucoup plus loin, elle touche déjà les marques, la publicité, l’entreprise, le management…
Il est urgent de comprendre pour s’adapter.